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Apparitions

Après 3 années de suspension d’une activité commencée à 14 ans, Fanny Ferré s’est remise dans son atelier. Elle nous montre le fruit de son travail, qu’elle a laissé apercevoir en ouvrant les portes de son atelier 3 jours en juillet 2022, dans une marquante exposition à la Galerie Capazza jusqu’au 10 septembre 2023 titrée « Apparitions »

La sculptrice occupe tout l’espace de l’étage du Grenier de Villâtre avec des personnages grandeur nature mis en scène dans une atmosphère paisible d’ombre et de lumière.

Fanny Ferré fait partie de ces rares sculpteurs céramistes figurant des formes humaines. Elle modèle dans la terre des hommes, des femmes, des enfants et leurs animaux domestiques dans leurs campements. Elle modèle en terre depuis plus de 40 ans des « bonshommes ». Ils sont grandeur nature et, particularité, modelés au colombin ce qui permet d’entourer du vide. « Parce qu’on n’est pas nombreux à travailler comme ça, tout en creux, sans armature. En fait, je n’en connais pas. Les gens qui font des sculptures en terre, leurs sculptures sont pleines, ils les vident après. Ils font des armatures, c’est compliqué. Moi, je bosse comme un potier. »[1]

[1] ©David Chapelle La Dépèche Evreux 12 juillet 2022

Des « bonshommes » de son enfance l’artiste les a fait grandir. « Mais très vite, j’ai fait des voyageurs, des vagabonds, des nomades, quoi ! Des gens en groupe qui circulent, des sacs. J’ai toujours adoré ça, le cirque. Quand j’étais petite, je faisais beaucoup de cirque, des animaux, des roulottes, des gens qui marchent ensemble. Ça me faisait rêver. Des gens qui transportent leur maison avec eux. Les gitans, etc. Ç’a été un peu mon inspiration depuis toujours. Et encore maintenant. Alors que, moi, je suis archisédentaire, je voyage dans ma tête. Je voyage dans mon atelier. Ce que j’aime surtout, ce sont les personnages qui bougent, en mouvement. C’est peut-être ça qui a façonné ma patte, les différents mouvements. Un personnage statique, j’ai envie de le pousser un peu pour créer un déséquilibre et pour qu’il se rattrape, pour sentir que même s’il est statique, il est vivant. J’ai envie de le titiller. C’est là où on peut peut-être reconnaître mon boulot. Parce que je faisais déjà ça quand j’étais petite. Même un personnage assis, j’aime bien soit le déhancher, soit lui faire faire quelque chose ou lui trouver une attitude pour qu’il ne soit pas figé. On pourrait être tenté de penser aux migrants. Pour ce qui est des migrants, c’est une fausse piste.  Je n’ai pas envie de faire des choses journalistiques. Pour moi, ces personnages sont intemporels. Et je ne veux pas que ce soit quelque chose de dramatique, comme des gens qui fuient la guerre. Après, chacun imagine ce qu’il veut. Moi, je fais des gens avec qui j’ai envie d’être. S’ils étaient dans la souffrance et la misère, ça ne m’attirerait pas. Ce sont des gens avec qui je me sens bien. Je ne cherche pas à les faire miséreux ou souffrants, je cherche à les faire bien. La richesse, qu’est-ce qu’on appelle la richesse ? Ça peut tout aussi bien être la compagnie des êtres humains. C’est une grande richesse. Ils sont entre eux, ils n’ont oublié personne : les vieux sont là, les enfants, les chiens, les chats, les poules. Pour moi, c’est ça la richesse. Ils sont bien entre eux. »[2]

[2] ©David Chapelle La Dépèche Evreux 12 juillet 2022

Marquée par une perte très proche en 2019 Fanny Ferré a cessé son activité créatrice pendant 3 ans. « Je n’avais plus de sujet. Je n’y croyais plus, quoi. J’avais l’impression que j’avais tout fait. Là, c’est reparti depuis six mois, il a fallu quelque chose d’extérieur. Pour moi, ce qui est arrivé, c’est une apparition. Mon thème, c’est sur l’apparition. Ce sont tous mes personnages que j’ai déjà faits, mais avec un élément extérieur qui vient les déranger, les bousculer dans leur vie quotidienne ». [3]

Tous les personnages humains ou animaux ont la tête renversée et le regard tourné vers le ciel. Ils ont vu quelque chose qui les captive, les intrigue, les surprend. Ils s’interrogent et attendent le contact avec l’apparition. Il n’y a pas de peur, peut-être au contraire de l’espoir derrière la curiosité et l’attente.

[3] ©David Chapelle La Dépèche Evreux 12 juillet 2022

Les mains modeleuses de Fanny Ferré donnent à ses personnages une douceur et une humilité qui sont l’essence des sentiments que l’artiste exprime depuis des années, ce qui en fait sa particularité remarquable dans le monde de la sculpture. L’humanité qu’elle attribue à ses personnages humains ou animaux est amplifiée par ses choix de coloris pastel appliqués par larges touches.

La scénographie et les éclairages créent un jeu d’ombres et de lumières qui donnent vie aux groupes de personnages. Le spectateur ne peut s’empêcher de vouloir leur demander ce qu’ils regardent. Asseyez-vous sur un banc de la salle et regardez avec eux. Ecoutez ce vous ressentez.

Libre à vous de choisir la nature de l’apparition : mystique ou magique ou dangereuse. Fanny Ferré vous dit : « quelle apparition ? Un bruit ? Une lumière ? Un reflet ? Une sensation ? Un animal ? Justement, je n’ai pas envie de le dire. On pense à l’apparition de la Vierge, quelque chose de religieux. Ça peut, mais ça peut aussi être un arc-en-ciel. Ça peut être une explosion. Une bombe ». Elle rit. « Bon, moi, j’imagine plus une belle lumière. Un truc lumineux. »[4]  

Interrogée lors du vernissage, Fanny Ferré reconnaît que ce travail lui a suscité énormément de réflexions et aura certainement une suite

[4] ©David Chapelle La Dépèche Evreux 12 juillet 2022

Luc Fontaine

Galerie Capazza

Jusqu'au 10 septembre 2023

1 Rue des Faubourgs, 18330 Nançay